14 - 09
2008
Carole Bouquet, présidente du jury compétition
Encore une journée d'été pour la clôture du 34° festival de Deauville : démarré avec une météo épouvantable et des stars annulant leur séjour, il se refait en cours de route, comme au casino... La seconde partie du festival a été nettement plus agréable, plage et stars de retour, ce matin, onde de séduction à l'heure du breakfeast : Viggo Mortensen, après une halte à la salle à manger de l'hôtel (fait exceptionnel car en principe, les stars ne descendent jamais prendre leur petit déjeuner avec le commun de mortels...) quitte son hôtel en maillot de foot de son équipe préférée, évidemment... en tirant derrière lui deux valises à roulettes... So long! Comme je m'en vais rattrapper mon retard au Morny, je croise la route de quatre confrères blogueurs du club 300 d'Allociné, dont je fais également partie, venus humer l'air du festival pendant trois jours, dont Jonathan* du blog "Voisin blogueur" avec qui je vais boire un Coca sur les Planches pour parler... cinéma avant la projection suivante ; pour ma part "Changeling" de Clint Eastwood, déjà vu à Cannes et que je veux revoir en misant que la fatigue cannoise est responsable de ma déception face à ce film, mais rien n'a changé... Pour le palmarès et partager un dernier tapis rouge, je rejoins une blogueuse experte en festivals, Sandra, ici avec son spécial "In the mood for Deauville".
* et aussi Brice du blog www.throughmyeyes.fr , Mathieu de Bj&Mat Cinéshow et Gonzague Dambricourt du blog éponyme...
Palmarès speed donc ce soir à 18h30 au CID, suivi du film de clôture "Then, she found me" d'Helent Hunt que je n'ai pas vu pour cause de retour à Paris... Carole Bouquet a dit plusieurs fois qu'il était temps de rentrer à Paris... Le film "Ballast" obtient deux prix, le prix du jury révélation, qui couronne surtout une oeuvre novatrice, et le prix du jury compétition. "Gardens of night", film ayant bouleversé plus d'un spectateur, obtient le prix du jury de la critique internationale qui récompense plutôt les qualités artistiques. Quant aux Grand Prix, il va au consensuel "The Visitor" qui a séduit le plus grand nombre. On regrette cependant qu'"American son" ait été totalement zappé. Les critiques de ces deux derniers films seront mises en ligne sous peu sur le blog ainsi que d'autres critiques que je n'ai pas eu le temps, soit d'écrire, soit de mettre en ligne... je complèterai tout au long de la semaine...
Tom Mac Carthy pour "The Visitor", Grand Prix
Carole Bouquet, Hiam Abbas et Tom Mc Carthy
Lance Hammer pour "Ballast", Prix du jury compétition présidé par Carole Bouquet
Lance Hammer pour "Ballast", Prix du jury révélation présidé par Zoé Cassavetes
Damian Harris pour "Gardens of night", Prix de la critique internationale
Mathieu Kassowitz et J.Stéphane Sauvaire pour "Johnny mad dog", Prix Michel d'Ornano
Grand Prix
"The Visitor" de Tom Mac Carthy

Double Prix du jury compétition et du jury révélation
"Ballast" de Lance Hammer
Prix de la critique internationale
"Gardens of night" de Damian Harris

Prix Michel d'Ornano
"Johnny mad dog" de J. Stéphane Sauvaire
Cristian Mugiu, Cedric Kahn, Carole Bouquet, Pierre Jolivet du jury compétition
Mots-clés : USDeauville 2008,
Palmarès US2008,
Gardens of the night,
Damian Harris
13 - 09
2008
Viggo Mortensen au balcon de sa suite de l'hôtel Royal en fin d'après-midi
Qu'est-ce qui fait hurler Ed Harris en conférence de presse aussi fort que dans le western "Appaloosa" qu'il vient présenter à Deauville? Des journalistes qui se pressent et jouent des coudes, s'écrasent contre l'estrade, pour demander un autographe à la fin de la conférence, une gueulante qui va rafraîchir la salle... Mais l'attention, pour ma part, est ailleurs depuis le début de la séance, une dame me dit qu'elle avait une projection à la même heure mais Viggo Mortensen est si beau, vous allez voir... En effet, l'acteur, qui parle très bien français, plutôt timide, les yeux baissés, la tête tournée vers Ed Harris, ne s'autorise qu'une fantaisie : la promo de son équipe de foot préférée : celle de San Lorenzo à Bueno Aires, se drapant dans le drapeau de l'équipe en conférence de presse mais pas seulement... Ayant passé une bonne partie de la journée d'une terrasse à l'autre pour cause d'une exceptionnelle météo ayant précipité tout le monde au soleil, je repasse en fin d'après-midi prendre un verre au lounge Orange où se pressent quelques people bienvenus dont Pascal Elbé, Arié Elmaleh, la presse chic qui ne débarque à Deauville que le week-end, quand soudain les têtes se lèvent vers le ciel : Viggo Mortensen est en train de fixer le drapeau de son équipe de foot au balcon de sa suite de l'hôtel Royal, on se lève et on mitraille...
le lounge d'Orange, quartier VIP très prisé du festival, construction éphémère sur la pelouse de l'hôtel Royal
Auparavant, immédiatement après la projection de "The Life before her eyes" ("La Vie devant ses yeux") à 15h, avant-première du dernier film d'Uma Thurman (attendue en vain... au festival..), la présentation de "Changeling" ("L'Echange") a été programmé à 17h30 pour cause d'absence du réalisateur Clint Eastwood et d'Angelina Jolie, l'actrice principale, pourtant John Malkovich a fait le déplacement. L'homme est pressé, ne s'arrête que quelques secondes pour trois autographes et s'engouffre dans la limousine officielle. Ed Harris et Viggo Mortensen sont plus disponibles, l'acteur réalisateur, qui signe son second film avec "Appaloosa" après "Pollock", semble préférer le public au professionnels, beaucoup plus souriant pour signer des autographes que pour répondre aux questions de la presse. Des Planches bondées et ensoleillées aux trois stars US de choc, la journée n'est pas désagréable... le festival depuis hier finit mieux qu'il n'a commencé, ce matin "Towel head" a clôturé la compétition, on attend le palmarès demain dimanche à 18h30.
"The Life before her eyes" ("La Vie devant ses yeux") de Vadim Perelman
Avant la projection de son film, hommage à Ed Harris ce soir au CID dont on passe un montage d'extraits de ses films et qui sera accueilli par le réalisateur français Jean-Jacques Annaud (avec un accent anglais à la Darry Cowl...) qui le connaît bien pour l'avoir fait tourner. Sur le tapis rouge, on a aperçu un couple de réalisateurs ayant également pignon sur écran : Alain Corneau et Nadine Trintignant.
Vrai western à la manière de John Ford,"Appaloosa" est surtout une histoire d'amitié entre deux hommes, deux justiciers, Cole (Ed Harris) et Hitch (Viggo Mortensen), venus mettre de l'ordre dans une ville dont le brigand Bragg (Jeremy Irons), qui terrorise la population, vient de tuer le sheriff. Tous les codes et décors du western sont en place, la ville rue, l'ouest poussièreux, l'amitié virile, etc... Malheureusement, le personnage féminin Allie (Renée Zellweger) est trop développé , trop présente, et rend les hommes vulnérables, voire casaniers, ce qui est contraire à l'esprit western...
Viggo Mortensen arrive au CID ce samedi soir et sur scène avec Ed Harris pour présenter "Appaloosa"
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John Malkovich,
Towelhead,
Alan Ball
12 - 09
2008
C'est le premier jour de ce festival en sourdine où je retrouve l'ambiance festival donnant l'envie d'enchaîner les projections jusqu'à plus soif. Peut-être parce que pour le seul vendredi soir, on a rétabli une séance nocturne pour l'avant-première mondiale de "Sex and the USA", un film interdit au moins de 16 ans sur l'échec des aberrants programmes d'abstinence sexuelle financés par le gouvernement américain et les dérives qui en découlent. Un film qui n'a pas choqué les festivaliers contrairement au film de 17h "The Girl next door" qui a vu certains spectateurs quitter la salle en pleurant ou huer le film (On m'a rapporté qu'un spectateur à même quitté la salle en traitant le film de snuff movie!!!). Si je n'ai pas vu le film, j'en ai tout même vu quatre aujourd'hui... une jeune hôtesse du CID, obligée d'assister pour son travail à toute la séance, m'en a parlé en détail, et on pourrait bien le reprogrammer toute la journée de demain que je n'irai sous aucun prétexte voir le tableau des ignobles sévices organisés par une tante et ses trois fils à sa nièce, souffre-douleur au sens premier du mot, qu'elle a enfermée dans une cave pour cela.
Heureusement pour les victimes de la projection de 17h, le film suivant de 20h pour lequel je traînais les pieds, "Coup de foudre à Rhode island", que Juliette Binoche est venue présenter à Deauville, était désopilant, Steve Carrel est génialement drôle obtenant le maximum d'effets comiques avec le minimum d'efforts. Attachante Juliette Binoche toute seule en conférence de presse, amincie, habillée simplement de noir, avec cette expression double si bien exploitée au cinéma, passant de la tristesse au rire et vice-versa, naturelle mais sérieuse, cherchant à se rapprocher de la vérité dans les réponses qu'elle donne, anti-star, pas coquette, pas arrogante, habitée par sa passion de s'exprimer. Oui, elle laisse le cinéma quelques temps pour monter un spectacle associant jeu et danse à Londres, elle a co-écrit ses textes pour la première fois, elle est enthousiaste, mais quelle différence au fond, c'est aussi un travail sur le mouvement. Elle a tourné cette comédie pure après "Le Voyage du ballon rouge" de Hou Hsia Hsien, deux univers aux antipodes (le film a deux ans), un "petit" film américain avec une centaine de caravanes... Son personnage de Marie dans "Coup de foudre à Rhode island" se donne du mal pour faire tout le mieux possible, pour être parfaite, obligée de s'adapter à une famille où elle se sent orpheline un peu comme elle dans le cinéma US... Comédie ou drame, c'est de la même veine, elle ne voit pas non plus tellement la différence, préoccupée de s'épanouir artistiquement, de multiplier, diversifier, les moyens d'expression. Elle cite sa maxime "Vas vers toi-même"... Quand on lui objecte que Carole Bouquet a déclaré qu'il n'y avait pas de beaux rôles féminins en ce moment dans le cinéma américain, elle répond dans son anglais parfait "you have to create your own place"... Son prochain film se fera avec Kiarostami en Toscane, éclectique Binoche qui vient de faire aussi une expo de ses dessins.
Juliette Binoche en conférence de presse vendredi après-midi

(sortie 17 septembre)
Juliette Binoche vendredi soir sur la scène du CID
Quant aux deux films en compétition ce vendredi, bonne surprise, ils sont tous les deux excellents! Le matin "American son", les quatres jours de sursis d'un Marine enrôlé pour l'Irak, un film qui devrait probablement figurer au palmarès... et l'après-midi, "The Visitor", la vie d'un veuf taciturne chamboulée par l'arrivée de deux squatteurs dans son appartement New-Yorkais, les deux films beaux et touchants, chacun dans leur genre.
Bonne nouvelle également : Ed Harris et Viggo Mortensen sont bien arrivés à Deauville vendredi soir pour présenter samedi soir "Appaloosa", un vrai western!
"American son" de Neil Abrahamson

"The Visitor" de Tom Mc Carthy

"Sex and the USA" de Jan Wellmann


équipe du film "Sex and the USA" vendredi soir 22h30 au CID
PS. Je complèterai au fur et à mesure avec les critiques des films...
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American son,
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Tom Mc Carthy,
Coup de foudre à Rhode island,
Juliette Binoche Sex and the USA,
Jan Wellmann
11 - 09
2008
François Forestier et Frédéric Beigbeder / William Hurt et Maria Bello
Une pluvieuse journée marquée par la remise du prix littéraire Lucien Barrière avec la conférence de presse de William Hurt et Maria Bello pour l'avant-première de "The Yellow handkerchief" projeté dans la foulée de la remise du prix. Présidé par Frédéric Beigbeider, le jury a décerné ce prix cette année à François Forestier pour son livre "Marylin et JFK" (voir mon billet sur le livre...) Rayon compétition, "Ballast" le matin (pas vu) et "Sunshine cleaning" l'après-midi par le même producteur que "Little Miss Sunshine" (faut-il qu'il y ait Sunshine dans le titre pour qu'il produise le film?) Un film qui pourrait bien plaire au plus grand nombre, un drame traité sur le ton de la comédie avec deux comédiennes top. On ne peut pas en dire autant du film avec William Hurt que le charme de ce dernier n'arrive pas à faire digérer totalement. Comme l'a dit Cyrielle Claire interviewée sur le tapis, William Hurt, ça démarre avec "Body heat", un film noir torride dont personnellement je suis fan...
"Sunshine cleaning" de Christine Jeffs

sortie 10 juin 2009

Un drame, une série de drames de la vie sont traités ici sur le ton de la comédie, pas tout le temps, l'équilibre drame-comédie est sur le fil, on tangue de l'un à l'autre et on bascule parfois car le sujet est lugubre. Que reste-t-il de l'ancienne reine des pom-pom girls, la beauté de la classe que les autres filles enviaient? Pendant que ses anciennes camarades de classe ont réussi socialement, Rose fait des ménages pour élever le fils qu'elle a eu de son amant de flic, Mac, qui a épousé Heather, une fille de sa classe. Se retrouvant employée pour le ménage chez une autre camarade de classe installée richement, son amant la laissant tomber, son fils renvoyé de son école, Rose décide de gagner de l'argent avec une idée montrée au début du film d'une manière choc par un suicide dans une armurerie : monter une entreprise de nettoyage des scènes de crime, un travail grassement payé.
Volontaire et organisée, luttant de toutes ses forces pour échapper à son statut de victime, Rose (Amy Adams) enrôle sa cadette Norah (Emily Blunt), aussi destroy qu'elle est clean, et prend son travail ingrat à coeur, laver le sang des suicidés, vider les maisons des morts, etc... Pendant ce temps, leur père, à l'affut d'un coup financier, accumule les affaires râtées, des crevettes qui ne se vendent pas, des corn-flakes dont personne ne veut, etc... C'est certainement un des films les plus attachants parmi ce que j'a vus dans ce festival malgré le manque de rythme et le le terrain mélo qui a du mal à faire rire au fur et à mesure qu'on apprend l'enfance des deux soeurs. Imparfait mais sympa, talentueux, audacieux, avec deux actrices craquantes, le film devrait toucher le public. A noter la présence de l'actrice qui joue Chloé dans "24 h chrono" qu'on voit sur la photo ci-dessus à gauche avec Emily Blunt (Norah).
"The Yellow handkerchief" d'Udayan Prasad


William Hurt et Maria Bello à la conférence de presse jeudi

William Hurt, le producteur du film et Maria Bello sur la scène du CID jeudi soir

Maria Bello et William Hurt dans "The Yellow Handkerchief"
Son intarissable producteur a beau dire que le film n'a pas trouvé de distributeur aux USA parce qu'il est trop beau et qu'il n'y a pas de violence, que c'est le meilleur rôle de William Hurt, ce sympathique beau parleur qui a distrait la salle du CID ce soir après la presse de l'après-midi, touchant dans son engagement, bavard comme dix, on a peine à y voir un chef d'oeuvre... Encore un road-movie sur le thème de la quête identitaire? Oui et non... Le film a deux récits en alternance, celui que vit Brett, sorti de prison, qui rencontre deux ados qui vont le prendre en charge, et celui dont se souvient Brett de sa rencontre avec May, sa femme. Comme dirait l'autre, il ne se passe pas grand chose... Les deux ados sont un peu trop angéliques, l'un surdoué, inadapté, Gordon (l'acteur est la révélation du film), l'autre, Martine, une ravissante paumée, Brett, l'ex-taulard ne l'est pas moins, il a tué mais involontairement, fait de la prison trois fois mais c'est la poisse.
L'histoire avec May (Maria Bello), devenue l'épouse de Brett (William Hurt), est présentée un peu comme une énigme pendant un temps, flashes des images de la femme aimée, du bonheur perdu, c'est le volet le plus réussi, mais la confession aux deux ados casse le mystère, d'autant qu'on s'achemine vers un double happy end. Malgré ce parti pris de beaux sentiments et d'espoir, la situation sociale précaire de tous les protagonistes et de rares petites scènes réalistes viennent rappeler que le film aurait gagné à prendre une route plus franchement contemporaine. Car "The Yellow hanckerchief" est un conte peu moderne et utopique sur la possibilité d'une seconde chance, d'une troisième, et ainsi de suite, la vision des choses d'un optimiste à tout prix. Comme disait un groupe d'ados dans la rue au sortir de la projection commentant la prestation de William Hurt "...le type qui n'a jamais souri de sa life..." En conférence de presse, William Hurt, qui parle parfaitement français, a dit qu'il recherchait des rôles qui lui apportent une sorte de paix... Les nuits moites de l'avocat minable de "Body heat" avec Kathleen Turner période China blue, c'est loin...
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Udayan Prasad,
William Hurt
10 - 09
2008
mouettes sur la plage de Deauville à l'heure du déjeuner
Depuis lundi, l'été tentait un retour le matin avant la marée haute, et puis, aujourd'hui, le soleil n'a pas fait place à la pluie dans l'après-midi et on aurait pu passer sa journée à la plage si l'appel des projections n'avait pris le dessus. Premier film en compétition de la journée, "Momma's man", film à très petit budget, tourné modestement caméra à l'épaule avec les parents du réalisateur Azazel Jacobs dans leur propre rôle, raconte l'histoire d'un homme, objet de la crise de la quarantaine se signalant quand il n'arrive pas à prendre son avion de retour chez lui et reste chez ses parents au lieu d'aller rejoindre sa femme en Californie. Des spectateurs sont sortis de la salle au bout d'un quart d'heure en ronchonnant que pour voir ça, ils feraient aussi bien de tourner leur propre film, d'autres plus tenaces ont été émus, dans tous les cas, on est face à une oeuvre minimaliste et d'une humilité non feinte.
"Momma's man " d'Azazel Jacobs
L'après-midi, le second film en compétition que, personnellement, j'avais apprécié à Cannes dans la section Un Certain regard, à mon grand étonnement, n'a pas plu à tout le monde, loin s'en faut, lors de la conférence de presse d'Antonio Campos, le réalisateur, (il y avait si peu de monde que c'en était gênant, la séance écourtée), quelques questions agressives ne cachant pas le désaveu sur le fond et la forme du film, la première carrément moraliste (va-t-on voir à ce festival seulement sexe et drogue?), la seconde faisant la leçon au cinéaste sur sa façon de filmer, dans ces conditions, quel public voudrait-il cibler... En revanche, pour la conférence de presse suivante avec Spike Lee, le retard pris était tel, que, malgré une salle comble, le réalisateur s'est assis rapidement et a enchaîné aussitôt : "Questions?" et le tout n'a pas duré une demi-heure. De toute façon, il ne restait plus que le temps d'aller refaire le tour du CID et de remonter au pas de course le tapis rouge pour la projection chic du soir avancée à 19h30, ce "Miracle à Santa Anna" durant 2h40.
"Afterschool" d'Antonio Campos
(sortie 1er octobre)
Antonio Campos à la conférence de presse du mercredi
Le film d'Antonio Campos a dérangé, on l'a vu en conférence de presse où personne ou presque n'avait eu envie se déplacer après la projection du fim sauf quelques journalistes assidus pour dire, pour ceux qui se sont exprimés, qu'ils n'avaient pas aimé son film, ce qui est leur droit, bien entendu... Le réalisateur l'a bien compris qui a répondu qu'il avait fait son film exactement tel qu'il avait voulu le faire, que s'il avait voulu faire un film grand public sur la drogue, il s'y serait pris autrement (ce qui n'empêche pas qu'il serait ravi qu'Afterschool" soit vu)... D'ailleurs, les spectateurs n'ont-ils pas la réponse quand on reformate le film de Robert pour le peindre en rose avec musique et petites filles sages? Ce film parle surtout d'un constat : l'addiction des ados pour des sites comme MySpace et YouTube dont ils visionnent les vidéos en boucle, le sexe et la drogue n'étant pas la nouveauté question sujet, déjà tellement traité depuis les années 80. En revanche, ce qui a intéressé Antonio Campos, c'est la corrélation entre milieu social et consommation de drogue, la frange d'étudiants riches à qui les parents donnent beaucoup d'argent de poche et dont ils ignorent que cet argent servira surtout à acheter de la drogue, de la cocaïne essentiellement. Les nouvelles technologies ont changé la donne de la quête indentitaire d'un ado comme Robert, le réalisateur cite l'exemple extrême de bandes de filles qui rouent de coups une inconnue dans la rue pour pouvoir ensuite passer le film de leurs exploits sur MySpace... C'est cela qu'il faut retenir du film, cette obsession de capturer, filmer tout et tout le temps afin de le mettre en ligne (la vie ne vaudrait que photographiée ou filmée?), pour le reste, pas plus de message délivré dans ce film que de morale, c'est un état des lieux, un constat dérangeant...
Spike Lee la conférence presse suivante top chrono
Hommage à Spike Lee


Hommage mercredi soir à Spike Lee avec, pour faire la synthèse de son oeuvre, outre un beau montage d'extraits de ses films, l'intervention très intéressante du directeur de la programmation de la cinémathèque française qui programme d'ailleurs le film "Miracle At Santa Anna" en avant-première pour ses abonnés samedi 12 septembre. Parti de la conférence de presse à 19h en jogging et casquette, une demi-heure plus tard, c'est en gentleman, costume gris rayé, lunettes en écaille et croix autour du coup, que Monsieur Spike Lee gagne le red carpet, et assiste à l'hommage qui lui est consacré, visiblement ému. Spike Lee n'est jamais venu à Deauville ni en Normandie, dans la matinée, il en a profité pour aller rendre hommage, hors promo!, aux soldats de 1944 enterrés dans le cimétière d'Omaha beach et il a découvert qu'il y avait aussi là-bas des soldats afro-américains, comme ceux dont le film "Miracle at Santa Anna" réhabilite la participation pendant la seconde guerre mondiale. Au cours de la conférence de presse, Spike Lee a raconté une anecdote triste comme son film : après la guerre, des soldats sont revenus d'Europe chez eux en Virginie avec la certitude que c'en était fini de la ségrégation, et à l'arrivée, ils ont trouvé deux pancartes distinctes pour regrouper les soldats blancs d'un côté, les soldats noirs de l'autre...
"Miracle at Santa Anna" de Spike Lee

(sortie 22 octobre)
Inspiré de la vague néoréaliste du cinéma italien, Spike Lee confirme en conférence de presse qu'il s'est inspiré de cinéastes comme Rosselini ou du "Voleur de bicyclettes" de De Sica, le film raconte le massacre des villageois de Santa Anna en Italie pendant la seconde guerre mondiale, réhabilitant deux grands oubliés des films de guerre Hollywoodiens : les soldats afro-américains et les résistants italiens.
La critique du film bientôt sur le blog...
PS. Changement dans les Nuits américaines : à 17h jeudi, on passera "La Valse dans l'ombre", très beau film avec un couple inoubliable : Robert Taylor et Vivien Leigh!!!
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09 - 09
2008
Je ne sais si c'est la météo ou l'atmosphère amorphe de ce festival mais j'ai tendance à somnoler plus qu'il ne faudrait... ainsi, même tard ce matin, une panne de réveil... m'a fait rater le troisième film en compétition qui a vraissemblablement touché le plus de monde "Garden of nights", un film douloureux sur deux ados, anciennes victimes de la pédophilie, je vais donc essayer de le rattrapper, ce qui n'est pas facile car on ne projette les films que deux fois maximum dans le festival alors qu'il n'y aucune projection après 22h30 (sauf une vendredi 12), contrairement aux autres années, c'était pourtant les séances les plus agréables dans un CID apaisé sans célébrités (et donc sans interdictions de tout poil pour baliser leur passage, ce n'est pas si simple, question sécurité, de mélanger dans une salle de projection gigantesque les anonymes et stars...). Si j'ai entendu longuement parler de "Garden of nights", c'est grâce... aux trois quart d'heures de retard de la conférence de presse de "Recount", ce qui a permis de bavarder en faisant la queue... La cérémonie Kevin Spacey a donc été raccourcie, dommage, pire, vers la fin de la conférence de presse, il a fallu s'arracher et abandonner Kevin Spacey à son estrade... douleur... afin de se précipiter dans le noir de la projection toute juste commencée de 15h où, contrairement à hier matin, je n'ai pas été refoulée. Mais la meilleure part de la journée se passe ensuite aux Nuits américaines du cinéma Le Morny, ce programme permanent rencontrant un vif succès, où l'on repasse "Criss-cross" de Siodmak, la fibre cinéphile me chatouille à nouveau le plexus, j'avais l'impression depuis le début de ce festival de me traîner d'un film à l'autre sans craquer pour aucun, là, je frétille... D'autant que la séance du Morny est précédée d'un sympathique petit verre partagé sur la pelouse du lounge Orange avec trois consoeurs photographes qui m'insufflent leur énergie. Pour la soirée rituelle sur invitation au CID, un hommage à Parker Posey était organisé avec la projection d'un film déjà vu l'année dernière en section compétition, "Broken english", sorti en salles il y a peu, drôle d'idée que ce choix de film de la réalisatrice Zoe Cassavetes, présidente du second jury révélation, qui rempilait aujourd'hui pour une seconde conférence de presse peu différente de celle qu'elle avait tenu l'année passée à la même époque avec sa mère Gena Rowlands et Melvil Poupaud, ici remplacés par Parker Posey et Hal Hartley sous la direction de qui elle a souvent tourné. J'ai donc passé mon tour, et ce soir, plus aucun film à voir, rideau!
Kevin Spacey à la conférence de presse de "Recount" aujourd'hui mardi à Deauville
Kevin Spacey et le réalisateur de "Recount" Jay Roach
Ce qui est intéressant dans les questions posées à la conférence de presse, c'est qu'elles ont toutes trait au fond et pas à la forme cinématographique du film. La première question porte d'ailleurs sur les machines à voter, la seconde sur l'objectif militant du film, se battre pour la démocratie et la transparence du vote au delà du scandale de la Floride, soit le thème de "Recount", le recompte des voix en Floride au moment de l'élection de Bush contre Al Gore. Le député interprété par Kevin Spacey ne baissera jamais les bras, de nos jours pas davantage, d'ailleurs Kevin Spacey l'a bien connu durant les deux mandats Clinton où il militait lui-même activement au parti démocrate, l'homme est comme dans le film. A la seule question polémique d'un intervenant reprochant que le film soit démagogique, présentant la cellule du parti démocrate cool et celle des républicains réac, ringarde, Kevin Spacey répond que ça reflète la réalité, les républicains avaient beaucoup plus d'argent et ils s'en sont servi, chez les démocrates, il n'était pas rare qu'on soit assis sur des cartons... Beaucoup de questions pour le scénariste parti de 4 livres de journalites politiques faisant référence aux USA et des témoignages des gens à l'époque, compte tenu que personne ne peut se rappeller, s'agissant des dialogues, de ce qu'il a exactement dit huit ou neuf ans auparavant...
Le film semble avoir plu pour ce qu'il raconte, de la manière dont le film est mise en scène, personne ne dira un seul mot. Et c'est sans doute cela qui divisera les amateurs du film pour ce qui leur apprend et ceux que le sujet n'intéresse pas au point de priser l'exhaustivité de ce récit qui n'épargne aucun détail des combines et tricheries du recompte des voix et qui attendaient plutôt Kevin Spacey dans une performance d'acteur dont il a le secret, ici, il est parfait, comme d'habitude dans les limites de son rôle...
"Smart people" de Noam Murro

sortie 17 juin 2009

Sarah Jessica Parker et Dennis Quaid, photo TFM distribution
Un prof de littérature, d'une intelligence au dessus de la moyenne, mais misantrope et imbu de lui-même, incapable de communiquer avec ses enfants ou ses élèves, voit son train-train bouleversé par l'arrivée de son demi-frère qui s'incruste chez lui, décomplexé et bon vivant. Contre toute attente, le demi-frère se lie avec sa nièce, une élève aussi surdouée, arrogante et solitaire que son père, lui apprenant à ne pas tout contrôler tout le temps... Parallèlement, le prof retrouve une de ses anciennes élèves, amoureuse de lui sans retour depuis la fac, devenue depuis médecin urgentiste. Le père et la fille, tous deux handicapés de la vie affective, vont voir alors leur vie chamboulée pour la bonne cause... Ce film est typique du label Sundance, un petit film sympa, sensible et consensuel qui ne déplaira à personne avec des stars ou stars en devenir au service d'un film indépendant : Sarah Jessica Parker, Dennis Quaid et la géniale Ellen Page ("Hard Candy", "Juno") dont le rôle est celui d'un petit génie...
"Criss-cross" ("Pour toi, j'ai tué") de Robert Siodmak

Comme disait un réalisateur invité au festival l'autre jour, il n'y a vraiment qu'à Deauville qu'on peut voir "Criss-cross" de Siodmak à une heure du matin, fort heureusement, le film a été projeté une seconde fois aujourd'hui, quel voluptueux moment de cinéma, c'est sûrement le plus beau film, et de loin, que j'ai vu depuis mon arrivée...
Après un an d'absence, bien qu'il prétende le contraire, Steve revient à LA pour revoir la femme qu'il n'a jamais cessé d'aimer, Anna, dont il a divorcé. Il la cherche dans un bar dans lequel ils passaient leurs soirées à se disputer plus souvent qu'à s'aimer. Malheureusement, au bout de quelques temps, Anna, dépitée de supplier Steve de lui donner une seconde chance, va brusquement épouser Slim Dundee, un truand... Dans l'intervalle, Steve a repris son emploi de convoyeur de fonds... Le film démarre sur une scène d'adultère à l'envers, Anna, désormais l'épouse de Slim Dundee, est enlacée la nuit sur un parking avec Steve qui lui promet des lendemains qui chantent avec des sous-entendus criminels pour retrouver leur liberté... On comprend ensuite rapidement que Steve est devenu l'associé de Slim Dundee sur un coup bien que les deux homment soient rivaux vis à vis d'Anna. Flash-back sur le retour de Steve à LA huit mois auparavant...
On pourrait reprocher à "Criss-cross" (1948) quelques broutilles si on a en tête le chef d'oeuvre de Siodmak (et l'un des plus beaux films noirs jamais réalisés), "The Killers" ("Les Tueurs") (1946), film avec lequel "Criss-cross" présente bien des analogies... Par exemple, la trame est quasiment identique : un trio avec beau mec athlétique mais crédule, victime d'une femme fatale qui le plaque pour épouser un truand auquel il va finir par s'associer et monter avec lui une arnaque qui tournera mal, pour tenter de récupérer l'infidèle. Le héros tragique en question étant dans les deux cas Burt Lancaster, face à lui, ici, c'est Yvonne de Carlo qui prend la place d'Ava Gardner. Mais il y a d'emblée et la suite, la fin, le confirmera, une grande différence dans le type de femme fatale, si Ava Gardner était une pure garce trahissant jusqu'à la fin, Yvonne de Carlo/Anna est une garce à temps partiel qui aime Steve autant qu'elle est prête à tout pour sortir de sa condition sociale, pour les diamants, comme elle le dit elle-même, que lui offre Slim Dundee... On pourrait même dire que le couple Steve et Anna possède une petite touche amants maudits... Maudits parce qu'ici, exceptionnellement dans un film noir, la famille de Steve prend beaucoup de place, peut-être trop, une famille qui rejette Anna, le frère et la mère idéalisés, tout comme le fidèle ami d'enfance Pete devenu flic ou le collègue de travail âgé, ami de la mère. Anna dira ensuite à Steve qu'elle a épousé Slim Dundee pour avoir vis à vis d'eux une sorte de position sociale au moins matériellement. Autre analogie frappante, la fin du film fait clairement penser au début des "Tueurs" avec le seul visage du/des tueur/s en train de tirer en gros plan tandis qu'on imagine la /es victime/s s'effondrant hors champ (le fameux plan avec le bras de Burt Lancaster qui lâche prise dans "Les Tueurs"). A la différence notable que, contrairement à "Criss-cross", les tueurs des "Tueurs" sont des professionnels, indifférents à la victime, payés pour exécuter un contrat, ce qui amplifie la force de la scène... Ici, on penche nettement pour le drame passionnel, moins spectaculaire. C'est le facteur qui affaiblit un tantinet le film, la dimension affective difficilement miscible dans le film noir pur et dur... Des bricoles, on chipote, un très beau film au final...
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Criss-cross,
Robert Siodmak
08 - 09
2008
Les Planches au soleil, ça existe encore de temps en temps...
Faute de film ce matin, refoulée du CID pour quelques minutes de retard, je suis allée à la plage, une matinée d'été providentielle à se balader les pieds dans l'eau, sous le soleil miraculeusement de retour, un moment de détente n'étant pas de trop...
Car la route de ce terne 34° festival de Deauville est semée d'embûches proportionnelles à la pénurie de stars qui semble avoir mis tout le monde à cran, générant une pluie de tracasseries et de petits conflits qui en découlent. Ainsi, le CID, sorte de palais des festival deauvillais de 1500 places, se transforme peu à peu en coffre-fort, démonstration : qu'on soit festivalier permanent, spectateur d'une séance ou journaliste, l'accès au CID devient de plus en plus ardu. Ce matin, premier film de la compétition ("Snow angels"), j'arrive à 11h03, catastrophe, un débrief de la veille a sonné les cloches, plus d'entrées dans la salle après l'heure o'clock, donc 11h ici. Et le moulin du WE où tout le monde entrait et sortait, c'est fini? On me répond que justement, c'est ce qui a motivé "les ordres", car quel que soit la personne du staff à qui on s'adresse avec plus ou moins de bonheur la réponse tombe avant qu'on ait pu terminer sa phrase : ce sont les ordres.
Si les vigiles se comportent plutôt courtoisement, une nouvelle équipe de jeunes gens vêtus de rouge en fait trop, vous stoppant brusquement comme si on transportait un détonnateur... Si ce matin, je ne pouvais pas entrer, cet après-midi, il m'était impossible de sortir... 40 minutes avant le début de la projection du second film en compétition "All God's children can dance", le rez-de-chaussée du CID était bouclé dans la perspective de l'arrivée du jury astreint à visionner les films section compétition. Partie de la salle au moment du générique faire un tour aux toilettes, je me retrouve seule dans le couloir de sortie au second sous-sol, l'accès à la grande salle soudain fermé dont on ne peut plus ni entrer si sortir, sous mon nez, passent les membres des deux jurys accompagnés d'un service de sécurité, je leur emboite le pas à distance pour monter les deux volées d'escalier en marbre jusqu'au rez-de-chaussée, dont on aura compris que c'est là l'endroit sensible... on me stoppe encore une fois... interdiction d'emprunter aucune des deux seules sorties naturelles du CID où se déverse le flot des spectateurs de la séance qui n'ont pas eu la subversive idée d'aller aux toilettes... Stoppée encore par la brigade rouge quelle guigne!, les bras en croix, buste en avant, un type me pousse sans ménagement vers la petite porte réservée théoriquement à la presse car donnant directement sur la salle de photocall et de conférence de presse du village US où je n'avais nulle intention de me rendre.
"All God's children can dance" de Robert Logewall

le réalisateur Robert Logewall au CID lundi après-midi

photo Kimmel international
Premier film tiré d'une nouvelle japonaise tourné dans le quartier coréen de LA, avec toute la bonne volonté du monde, il est impossible de raconter même un pitch du film en étant certain que c'est de cela qu'il s'agit... Avec un souci d'esthétique louable, un antihéros mollasson tête à claques et un sujet abstrait, ce road-movie urbain tourne en rond, qu'on pourrait dire plutôt "town-movie" erratique et onirique, tombe dès le début dans un maniérisme brouillon. Malgré tout, une connotation fortement sexuelle à propos de tout et de rien emplit le film d'une ambiance masturbatoire, assez tordue, à vrai dire, surtout s'agissant du drôle de couple mère-fils, Kengo et Evelyn. Car le poids maternel serait le pivot de l'histoire morose de ce jeune homme paresseux, hypocrite, encombré par une sexualité trop lourde, obligé de faire semblant d'être croyant, entretenu par sa mère dans l'idée que Dieu est son père, une mère cadre de l'église réformiste qui l'obligeait, enfant, à faire du porte à porte avec elle, l'utilisant pour prêcher la bonne parole. Ce film ferait partie de ceux qui ne sortiront pas en France que je n'en serais pas autrement étonnée...
Kevin Spacey et signature d'autographes improvisée au sortir de l'hôtel Royal
En fin d'après-midi, le temps est venu d'aller à la pêche à l'invit, sport que les fidèles du festival de Cannes connaissent bien... pourquoi cette fièvre, cette anxiété de trouver un sésame "à l'avance", on se le demande... puisque si on conservait simplement la foi dans la statistique des annulations de dernière minute, on vérifierait que depuis dimanche soir, on distribue des invit près du tapis rouge à 5 mn du début des projections du soir dites rouges. Ce soir encore, on a fait entrer 200 personnes in extremis pour remplir la salle, comme me le raconte une spectatrice deauvillaise, qui a d'abord redistribué deux invit offertes, puis a gardé les deux suivantes, se décidant à aller voir avec son mari "Recount", l'avant-première de ce lundi soir. Malgré la présence au générique (et dans la salle pour la présentation du film) de Kevin Spacey que j'adore, je dois avouer que ne n'ai tenu qu'une heure et quart sur deux heures du soporifique à effet retard "Recount", film fleuve qui, après une demi-heure assez vivante, retrace exhaustivement et dans le moindre détail la fraude de l'élection de Bush gagnée contre Al Gore avec les magouilles du décompte des voix en Floride. Pourtant, cette journée maussade s'était considérablement adoucie, pour ne pas dire éclairée, alors que j'attendais l'ascenseur à l'hôtel Royal... Kevin Spacey en chair et en os, accompagné par des gardes du corps, surgissait d'un couloir latéral, j'ai donc pris l'ascenseur avec lui... en apesanteur si j'ose dire... Bref, comme il sortait de l'hôtel, j'ai suivi... j'ai pris quelques photos à l'extérieur, n'ayant naturellement pas eu l'impudence de le faire dans l'intimité de "notre" cabine d'ascenseur... Il a signé des autographes sur le parking, comme il en signera plein ensuite sur le tapis rouge, disponible, un peu réservé mais souriant, sympa.
"Recount" de Jay Roach
Kevin Spacey pour la présentation du film "Recount" au CID ce soir
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07 - 09
2008
Enfin une star américaine sur les Planches.. tandis qu'on célébrait la renaissance de Mickey Rourke à la Mostra de Venise où il est le héros loser magnifique de "The Wrestler" de Darren Aronosksy qui vient de remporter le Lion d'or, à Deauville, le festivalier rongeait son frein, à quand les stars et les paillettes, le rêve sur tapis rouge en septembre, les Brangelina, Clooney, Damon and cie comme l'année dernière à la même époque... Arrivé vendredi, Samuel L. Jackson a épongé les frustrations du public, on le savait en ville, jouant au golf ou faisant du shopping en attendant son jour J : le dimanche... Pour la conférence de presse de "Lakeview terrace" de Neil Labute en début d'après-midi, on se collait comme une mêlée, il n'aurait plus manqué qu'il ne reste plus de places... Entre les questions de la presse le jour et la présentation avec l'équipe du film le soir au CID, direction les Docs de l'oncle Sam au cinéma du casino avec un documentaire très attendu : "Roman Polanski : Wanted or desired" de Marina Zenovich.
Samuel L. Jackson à la conférence de presse de "Lakeview terrace"
Neil Labute à la conférence de presse de "Lakeview terrace"
Samuel L. Jackson et Neil Labute présentent "Lakeview terrace" au CID dimanche soir
"Lakeview terrace" ("Harcelés") de Neil Labute

(sortie 1er octobre)
Samuel L. Jackson dans "Harcelés", photo Sony distribution
Des nouveaux voisins emménagent en face de la villa d'un policier noir autoritaire et raciste, il s'agit d'un couple mixte, un homme blanc et une femme noire. Aussitôt, Abel, le policier, supporte mal ce couple qu'il trouve choquant et se met en quatre pour leur pourrir la vie, espérant les pousser à partir. Veuf depuis trois ans, Abel élève seul et sévèrement ses deux enfants, son épouse morte dans un accident de voiture dont on verra plus tard que ce drame a quelque chose à voir avec sa haine des nouveaux voisins qui réactivent chez lui des souvenirs cauchemardesques. Dans ce film de genre, on a entendu à la conférence de presse le parti pris du réalisateur : aller au delà du film de genre, diminuer l'aspect catastrophe et épaissir la psychologie des personnages comme mettre l'accent sur les effets pervers du métier de policier sur la vie privée d'Abel. Parallèlement, ce qui est intéressant, c'est la mauvaise santé du couple mise en valeur par le harcèlement du voisin policier mais réelle et que la mort du méchant ne guérira pas.
Les effets de miroir sont dans les deux camps, le jeune marié ne s'entend pas mieux avec son beau-père qu'avec son voisin, les deux considérant qu'elle aurait mieux fait d'épouser un noir comme eux, quant au voisin, le traumatisme des circonstances de la mort de sa femme lui est rappelé douloureusement par la présence de ce nouveau couple face à ses fenêtres, d'autant qu'ils n'ont pas meilleure idée que de le provoquer sans le savoir en s'ébattant dans leur piscine le soir de leur arrivée sous le nez de ses enfants, Abel n'oubliera pas...
Tant que son travail où il se surinvestit l'occupe à temps plein, Abel contrôle à peu près son harcèlement des voisins qu'il dose, sachant faire des pauses, voire des petits gestes presque amicaux. Du jour où il est mis à pied pour une faute professionnelle qu'il ne pense pas avoir commise, l'injustice de cette situation lui fait définitivement perdre pied, toute la rancoeur accumulée d'une vie est alors reportée sur son délirant combat contre les voisins intrus. Il est impossible de détester le méchant Abel tant Samuel L. Jackson lui insuffle de l'humanité, trop sans doute pour qu'on s'apitoie sur le sort de ce couple lisse préoccupé de propriété et de se disputer sur sa progéniture à venir quand le policier, qui s'est épuisé à travailler jour et nuit pendant des années pour satisfaire sa femme, a désormais tout perdu. On n'est pas loin d'avoir de l'empathie pour le harceleur et de l'indifférence pour les harcelés...
En revanche, ce qui est bien vu, ce sont les conditions de vie réelles à LA, la réalité de la menace des catastrophes naturelles, comme cet incendie montré à la télé tout le long du film et se rapprochant peu à peu des habitations des protagonistes, sur l'inquiétant fond sonore des canadairs dans le ciel pour éteindre le feu, au fur et à mesure que la tension monte dans l'affrontement entre Abel est ses voisins, le prix de à payer de ce climat de rêve californien...
Encore un film qui ne marquera pas grand monde...
"Roman Polanski : Wanted and desired" de Marina Zenovich

Polanski et son avocat américain fin des années 70, photo Metropolitan
5 années de travail ont été nécessaires à Marina Zenovich, déjà venue à Deauville pour "Independent's day", pour réaliser ce documentaire sélectionné à Cannes cette année sur l'affaire Roman Polanski qui agita les USA pendant des mois, voire des années, et provoqua son retour définitif en France. En 1977, Roman Polanski est accusé de viol sur une mineure de 13 ans. Mandaté par le journal Vogue hommes pour faire des photos de jeunes filles, Polanski a emmené l'adolescente dans la villa inoccupée de Jack Nicholson absent de chez lui. Les dépositions de Polanski et de l'adolescente sont habilement montrés et dites à l'écran en alternance sur le même sujet, chacun répondant de son côté à la police aux mêmes questions : Polanski ne nie pas qu'il connaissait l'âge de l'adolescente, là où il est en désaccord avec la partie adverse, c'est qu'il pense qu'elle était déjà émancipée, délurée, consentante malgré le comprimé de Qaalude et le champagne qu'elle a acceptés, donc pas droguée à son insu mais violée dans un état second... Le grand reproche de Polanski, qui semblait ignorer la loi américaine où le détournement de mineurs est passible de lourdes peines de prison, c'est le harcèlement du juge à son égard, voire les irrégularités dans la procédure. L'acharnement ce de cet homme de loi, féru de publicité et de people, le fera fuir définitivement les USA où il n'est jamais retourné et pour cause, il y risque encore la prison au jour d'aujourd'hui.
La réalisatrice fait tout son possible pour exposer tous les faits connus jusqu'au moindre détail, montrer tous les documents et témoignages (y compris celui de l'ex mineure devenue une femme d'environ 45 ans) de manière à laisser le spectateur juge bien qu'on sente qu'elle penche pour la défense de Polanski. En Europe, la réalisateur est considéré comme un génie, aux USA, depuis "Rosemary'sbaby" comme un être retors aux pratiques occultes. Mais c'est surtout huit années auparavant que se joue le drame quand en 1969 Sharon Tate, la jeune épouse enceinte de Polanski, se fait massacrer dans leur villa de LA avec tout un groupe d'amis par la tribu Manson en l'absence de son mari qui se trouvait à Londres. Ce drame ignoble marque la fin de l'insouciance des hippies de LA où on vivait sans clé ni porte fermée, la présence de Polanski dans un quartier porterait malheur, il aurait reproduit le scénario de ses films,etc...
D'artiste charismatique admiré et adulé, Polanski devient paria à éliminer. Les minces extraits de film sur Sharon Tate et Polanski jeunes mariés sont très touchants quand on en connaît la fin tragique. On voit Polanski lui donner des indications sur le tournage du "Bal de vampires", comme on verra ensuite un extrait des coulisse et du tournage de "Répulsion" et du film avec une Deneuve d'une beauté à couper le souffle. Ces extraits de films placés en miroir du sujet traité, le coup de téléphone de Mia Farrow harcelée dans "Rosemary's baby", plusieurs extraits du "Locataire", film emblématique du harcèlement vu par Polanski qui joue le role principal ou vers la fin l'homme pantin du "Couteau dans l'eau"sont une vraie trouvaille, des insertions d'une cinéphile qui a compris l'oeuvre du cinéaste. Avant le viol de l'adolescente, avant le massacre de Sharon Tate, l'enfant Roman Polanski a vu tuer sa mère par les allemands en Pologne et son père déporté dans les camps, un de ses amis témoigne qu'il n'a jamais connu un homme aussi dévasté que Polanski après la mort de sa femme... Pourtant, l'homme est un survivant, un résilient, comment dans ces conditions juger la logique souterraine de son comportement de survie même si il passe par la reproduction des schémas de souffrance ...Ce n'est pas la faute de Polanski que le film réfute, c'est le fonctionnement pervers du système judiciaire et médiatique américain qu'il dénonce, éclairant le procès à la lumière du harcèlement dont est victime Polanski à cause de ses antécédents, de son statut d'étranger et d'artiste signant des films "sataniques".
Zoé Félix au bar de l'hôtel Royal Mots-clés : USDeauville 2008,
Roman Polanski : Wanted and desired,
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06 - 09
2008
les faiseurs de smoothies au lounge bar du village US
Après l'éprouvante météo de la journée d'hier, subsistait aujourd'hui un vent en rafales montant en neige le sable de la plage de Deauville mais ce rayon de soleil inespéré a poussé les riverains, festivaliers, et autres pélerins deauvillais à s'aérer sur les Planches, et c'était davantage pour déjeuner au Bar de la mer ou au Bar du soleil qu'on faisait la queue que devant les salles de cinéma... J'ai donc suivi le mouvement pour inspirer un bol d'air iodé du large... depuis un transat sous un parasol fermé pour cause de vent violent... séchant la projection de 15h au casino où on passait "Meurtres à l'Empire state building", une parodie de films noirs qui sont pourtant ma tasse de thé sauf que je prends le film noir infusé et très au sérieux, presque au premier degré, pas l'envie d'en rire...
Vers 18h, on annonçait un mari ayant l'intention de tuer sa femme pour l'empêcher de souffrir quand il la quitte pour une autre, "Married life", un polar tordu comme j'M, mais le film d'un réalisateur (trop) cinéphile, débutant comme un Hitchcock, et s'effilochant ensuite en drôle de comédie trop peu policière jusqu'à un improbable happy end, s'est avéré bien tiède...
sobre présentation de "Married life" par le réalisateur Ira Sachs au CID à 18h
(sortie du film en salles : 24 septembre 2008)
Un homme qui trompe sa femme avec une femme nettement plus jeune ne recherche pas systématiquement des années en moins et autant de sexe en plus quand justement chez lui le credo de l'épouse au foyer est "love is sex" et réciproquement. Si Henry aime à la folie la belle Kay, ravissante jeune veuve sophistiquée, c'est parce qu'elle est amoureuse de lui et l'autorise à se comporter de manière romantique, à la combler de cadeaux, d'attentions.
Convoquant son meilleur ami Richard, le narrateur séducteur (récit en voix off en pointillé), Henry lui confie qu'il va divorcer et épouser Kay. Malheureusement, Kay débarque dans le bar où se passe la scène et séduit malgré elle le séducteur. Berné par l'amitié, Henry demande à Richard de tenir compagnie à Kay qui se sent seule dans son petit cottage près de leur maison de campagne où il passe les WE avec son épouse Pat. Perverti par sa convoitise, Richard donne des conseils perfides à Henry comme ne pas quitter Pat qui en mourrait de chagrin. Un argument qu'Henry va prendre au pied de la lettre en cherchant à empoisonner sa femme pour qu'elle ne souffre pas quand il la plaquera pour une autre.
Démarrant un peu comme un Hitchcock avec l'homme au physique de mari idéal se comportant comme un assassin, la blonde feu sous la glace à chignon sage Grace Kelly, le décor fin des années 40, le film évolue pas à pas vers la comédie dont il n'affichait pas la couleur au top départ sauf peut-être le générique pimpant. Pavé de mauvais sentiments, le film joue sur le vaudeville des situations et la candeur de ses acteurs lisses, anti bad boys, le beau Pierce Brosnan (déjà vu hier en ouverture dans une comédie "Mamma mia") étant le parfait prototype du contre-emploi de salaud. Parti pour tuer sa femme afin de lui épargner les souffrances de la répudiation, un homme, frustré de romantisme et de sentiments emphatiques, se rend compte en bricolant un crime raté qu'il n'est pas aussi malheureux qu"il le croyait en ménage... ce qui est d'autant plus méritoire que son meilleur ami vient de lui piquer sa maîtresse trop belle pour lui et que son épouse, pour laquelle il s'inquiétait, s'est révélée dans l'intervalle également adultère à ses heures. Lourd et théâtral, on dirait une pièce de boulevard rétro égarée dans le rayon Série noire...
extérieur Planches cet après-midi...
Entre parenthèses entre plage et ciné, visite du nouveau lounge bar du village US décoré vaguement seventies blanc matiné de zen vif ,vert et jaune drapeau brésilien, avec des poufs sur le sol, des tables basses et des smoothies à déguster au bar et même une petite terrasse sur une pelouse synthétique, que du bonheur...Mais le spectacle se passait aussi, surtout, dans le hall de l'hôtel Royal à l'heure des dîners en ville, cocktails privés et autres plans VIP : Samuel L. Jackson, que la ronde des gardes du corps laissait présager l'arrivée imminente parmi les consommateurs privilégiés du lieu (certains plus ou moins people) faisait soudain du lèche-vitrine devant la bijouterie du palace, peut-être même du shopping, qui sait... Attendu dans un corner du bar privatisé pour l'occasion, Samuel L. Jackson, jean délavé et veste de jogging, casquette sombre vissée sur le crâne, s'apprêtait à s'asseoir avec tout le monde... quand on le poussa avec tact vers le carré VIPsé... Pendant ce temps, le hall de l'hôtel s'était empli d'une foule de curieux dissimulés derrière leurs invit de la soirée de "Hellboy 2" dont on savait qu'il n'y aurait pas la moindre star du film sur le tapis, Ron Perlman annoncé, puis annulé, sauf un pack d'invités de marque extérieurs au film, d'après la rumeur. Au final, sur le tapis du 21h, quelques hommes d'exception... dont Claude Lellouch, Edouard Molinaro, Laurent Boyer, Mathieu Kassovitz qui présentera en fin de semaine prochaine le seul film français du festival "Johnny mad dog" dont il est le producteur, lauréat du prix Michel d'Ornano, ce film choc et novateur, déjà présenté à Cannes en mai dans la section Un Certain regard, donne un salvateur coup de pied dans le train-train nombriliste d'un certain cinéma français.

(sortie du film en salles : octobre 2008)
critique du film très prochainement sur le blog...
Programme du dimanche 7 septembre à Deauville, idées...
A 15h le documentaire "Tyson" au cinéma du Casino. A 17h, un choix difficile : "Max la menace" au CID ou "Wanted and desired", le documentaire sur Roman Polanski au cinéma du Casino. A 20h, avant-première sur invitation au CID de "Lakeview terrace" en présence de Samuel L. Jackson dont la conférence de presse aura lieu à 14h30.
Côté Nuits américaines au cinéma Le Morny, on note à 23h un film assez rare, le premier film de Clint Eastwood en tant que réalisateur "Play Misty for me" ("Un Frisson dans la nuit").
Mots-clés : USDeauville 2008,
Married life,
Ira Sachs
05 - 09
2008
Le vent s'est levé en fin d'après-midi sur Deauville, chassant les nuages de pluie pendant quelques heures, le tapis rouge trempé, essoré depuis le matin, avait presque eu le temps de sécher et Carole Bouquet, la présidente du jury, arrivée très en retard, souriait en fourreau bleu marine et jaune en recoiffant ses cheveux face aux photographes, un moindre mal... La diva sur place, la soirée d'ouverture pouvait enfin commencer au CID, quelques invités VIP de dernière minute ayant ouvert la marche, des actrices glamour telles Delphine Chanéac, cheveux très courts pour son nouveau rôle dans un film américain, Frédérique Bel en minirobe lamé et collants vert vif sur jambes interminables, des acteurs comme Vincent Perez et son épouse Karine Sylla, Jean-Paul Rouve, et aussi la Miss France de l'année et celle d'une autre promo, Sonia Roland.
l'équipe du film ce soir au CID, la réalisatrice Phyllida Lloyd avec Björn et Benny du groupe Abba
Après un speech rapide du maire de la ville, l'ambassadeur américain ouvre le 34° festival. On accueille l'équipe féminine du film : la réalisatrice, la productrice, la scénariste et deux membres de feu le groupe Abba dont on comprend confusément que Abba est devenu une sorte de marque déposée que les deux compères gèrent comme "l'après-Abba", la pièce de théâtre "Mamma mia" au succès mondial dont est tirée le film en est le plus beau fleuron. Point d'acteurs et on le regrettera d'autant plus en sortant de la salle après avoir admiré le séduisant Pierce Brosnan dans le film...
(sortie du film en salles : 10 septembre 2008)
L'argument du film est à peu près le même que celui d'un film français de Francis Veber "Les Compères" avec Gérard Depardieu et Pierre Richard à qui Anny Duperey, mariée à un troisième homme, faisait croire à chacun qu'il était le père de son fils fugueur pour les pousser à partir tous à sa recherche et multiplier les chances de le retrouver. Ici, une jeune fille pure, voire angélique, Sophie (Sofia, la sagesse), sur le point de se marier, après lecture d'un vieux journal intime de sa mère Donna, invite à son mariage trois hommes, anciens amants de sa mère 20 ans auparavant, dont elle suppose que l'un d'eux est son père... Les trois compères, Sam, l'homme d'affaires (Pierce Brosnan), Harry le banquier (Colin Firth) et Bill l'aventurier, se pointent donc sur une île grecque paradisiaque où habitent Donna (Meryl Streep) et sa fille Sophie (Amanda Seyfried) qui tiennent un petit hôtel ayant besoin d'un coup de peinture et d'un coup de main. Pour aider Donna, Sophie et son fiancé ont décidé de faire un site web de l'hôtel et de rester sur place auprès d'elle.
photo Universal
On a la nette impression que le film est au service des chansons d'Abba et non pas l'inverse, que toutes les situations sont des prétextes à mettre en valeur telle ou telle chanson pour ne pas dire que le scénario entier est celui d'un gigantesque clip au casting de grand luxe (Meryl Streep, Pierce Brosnan) dédié au dieu Abba dont on entend les chansons quasiment non stop, ce qui est loin d'être désagréable, je m'empresse de le dire, c'est même la seule chose vraiment jouissive du film dont le vrai fonds de commerce n'est pas tant la comédie, fut-elle musicale, que la nostalgie d'une époque révolue, bénie, celle hippie dont on aperçoit les clichés jaunis, les cheveux longs, les tuniques indiennes, les fleurs dans les cheveux, se remettra-t-on jamais de ces années peace and love où tous les espoirs et les chimères étaient permis? Certaines scènes sont particulièrement entraînantes comme celle où Donna et ses deux anciennes choristes reforment éphémèrement leur groupe disco-kitsch "Les Dynamos", clone du groupe Abba, platform shoes, maquillage smoky et pantalons moulants en satin, et font leur numéro sur "Dancing queen" : c'est le tournant du film, qui de comédie musicale plutôt sage accepte de devenir délirante et la seconde partie du film dans une outrance assumée est nettement plus réussie. Dans le film, il a deux trios, Sophie et ses deux amies, Donna et ses deux choristes, chemin faisant, s'appuyant sur le pouvoir nostalgique immense des chansons d'Abba, le passé supplante le présent, le trio de Donna émerge, les vieux redeviennent les jeunes qu'ils n'ont pas pu ou voulu être, Donna, la vieille hippie anticonformiste va recommencer sa vie en réécrivant l'histoire des ses 20 ans, en prenant la place de sa fille...
Ce soir, le public a aimé le film, l'énergie de la nostalgie, où on parle d'amour et de désir à tout âge sur un tempo disco, semblait avoir insufflé des endorphines et des rêves à la salle sortie revigorée de la projection. Un des deux chanteurs d'Abba, gestionnaires du "fonds Abba" et auteurs de comédies musicales depuis la dissolution du groupe, a dit dans une interview que "Mamma mia" (30 millions de spectateurs dans le monde pour la comédie musicale au théâtre) allait le rendre encore plus riche qu'Abba... à l'époque de leur apogée, le groupe aux 400 millions d'albums vendus (depuis 34 ans pour seulement 8 années de carrière, 1974/1982), gagnait l'équivalent de 1 million d'euros par jour...
Programme du samedi 6 septembre à Deauville, idées...
La présence de Ron Perlman pour présenter "Hellboy 2" ce samedi soir a été infirmée, le géant américain ne foulera pas les Planches au grand désespoir des organisateurs victimes d'une série d'annulations. Cependant, bonne nouvelle, Samuel L Jackson est arrivé à Deauville vendredi tard dans la soirée et a pris une collation sans chichis dans le hall de l'hôtel Royal où le personnel de l'hôtel a été impressionné par sa simplicité et sa gentillesse, on n'en doutait pas! Il faudra attendre pour en profiter demain dimanche soir 20h la présentation de "Lakeview terrace" ("Harcelés") de Neil Labute, voire, pour les curieux aux environs de 14h30 lors du photocall et de la conférence de presse.
Cet après-midi : reprise de "Mamma mia" à 15h au CID, documentaire "Lake of fire" à 18h 30 au cinéma du Casino ou film ""Married life" à la même heure (18h) au CID. A 21h, projection sur invitation de "Hellboy 2" au CID. Pas de séances de seconde partie de soirée au CID cette année, malheureusement... sauf une seule vendredi prochain 12 septembre ("Sex and the USA" à 22h30 en projection unique, sans doute le film plus ou moins scandaleux du festival, comme il y en a un chaque année). Restent les Nuits américaines au cinéma Le Morny 24h/24h avec à 20h un grand film noir "Angel face" ("Un si doux visage"), d'Otto Preminger à ne pas manquer!
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Mamma mia,
Phyllida Lloyd