15 - 03
2009
C'était le pays à l'honneur pour cette 11° édition du festival du film asiatique de Deauville, la Corée du sud a ramassé la mise... Un doublé, le Grand prix et le Prix de la critique internationale, pour "Breathless", un film violent sur la violence, un bouleversant film coup de poing devenu aussitôt mon coup de coeur et celui de beaucoup de festivaliers. Le réalisateur Yang Ik-june, également acteur principal de "Breathless", n'en revenait pas, un personnage fort et attachant comme celui de son film! Prix du jury Action Asia à "The Chaser" de Na Hong-ji, film présenté à Cannes l'année dernière en séance de minuit hors compétition qui avait déjà frappé fort les spectateurs, le film sort sur les écrans le 18 mars. Enfin, le prix du jury a récompensé deux films ex-aequo : "All around us" du japonais Hashiguchi Ryosuke, dernier film en compétition projeté ce matin, et "The Shaft" du chinois Zhang Chi. Beau palmarès pour un 11° festival qui a eu affaire avec la crise (suppression des projections au Morny et du village Asia cette année) , on peut se poser la question : sera-t-il reconduit l'année prochaine? Le directeur du festival à insisté "tout a une fin" (parlait-il seulement de l'édition de 2009?) puis, il a enchaîné sur la capacité illimitée de Deauville à rebondir, la fidélité des partenaires, la conjoncture économique, etc... Le public, en tout cas, s'est déplacé en nombre cet après-midi pour l'avant-dernier film projeté au CID ": Departures", Oscar du meilleur film étranger, malgré un temps d'été et la plage comme en juillet, beaucoup de valeureux festivaliers avaient préféré profiter de leur dernière séance... Retour au pas de course à Paris, on laisse à regret les Deauvillais assister au film de clôture "All about women".
Eric-Emmanuel Schmidt, le réalisateur Yang Ik-june et son actrice principale, 2 prix pour "Breathless"
M. Amélie Seigner, Adrien Jolivet, Anaïs Demoustier, Astrid Berges-Frisbey, Fred Cayavé décernent le prix Action Asia à Na Hong-ji pour "The Chaser"
Marie Gillain remet le prix du jury à la productrice de "All around us" / Ludivine Sagnier remet le prix du jury ex-aequo à Zhang Chi pour "The Shaft"
Ludivine Sagnier, Didier Long, Marie Gillain, Vincent Elbaz, Véronique Cayla
Marie Gillain, Bruno Dumont, Véronique Cayla / Yang Ik-june (final)
Grand Prix et Prix Air France de la critique internationale :
"Breathless" de Yang Ik-june / Corée du sud
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photo du film ; photo du réalisateur
Prix du jury ex-aequo :
"All around us" de Hashiguchi Ryosuke / Japon

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"The Shaft" de Zhang Chi / Chine
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Prix du jury Action Asia
"The Chaser" de Na Hong-ji / Corée du sud
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sortie du film en salles le 18 mars 2009

photo du film ; photo du réalisateur
Mots-clés : Asiadeauville 2009
14 - 03
2009
Presque la fin du festival avec une journée très hétérogène. D'abord, un film coréen en compétition, morbide et franchement pénible, "Members of the funeral", à conseiller à ses ennemis. Puis, cap sur l'événement réel de la journée qui avait lieu au cinéma du Casino, visiblement the place to be à 17h30, pour un film action Hong Kong en avant-première mondiale "The Sniper" qui semble avoir déplacé les foules : la salle comble, j'ai pu passer grâce à mon badge presse et beaucoup de festivaliers sont restés sur la touche (il repasse demain à 14h). Le réalisateur venu présenter le film, ému de voir une salle aussi remplie, a demandé qu'on le photographie avec la salle en arrière-plan...
Dernière soirée au CID avec à 20h un film nouveau cinéma chinois "The Shaft" en compétition, projection que j'ai dû interrompre au bout d'une heure... pour aller grignoter quelque chose en ville (j'allais tomber d'inanition...) avant le film de 22h30 "A Frozen flower", un hybride kitsh entre le porno soft en costumes... et le film de sabre où les chevauchées en tout genre se multiplient sur fond d'histoire d'amour et d'Histoire tout court. Et le samedi à Deauville hors festival, une population parisienne nombreuse venue pour le WE faire du shopping, prendre un verre sur les Planches et dîner au Drakkar ou chez Miocque dans la rue principale, un soir par semaine, on se croirait au mois d'aout...
"Members of the funeral" de Baek Seung-bin / Corée du sud

Une famille composée du père, de la mère et leur fille se retrouvent à la veillée mortuaire d'un jeune homme que chacun a fréquenté de son côté sans que les autres soient au courant. Pire, ces trois personnes sont le sujet d'un roman posthume du jeune défunt.. On découvre donc des mini biographies des trois protagonistes. Le père est abordé dans une scène copiée du "Locataire" de Polanski où il porte perruque et maquillage, ongles rouges, etc... Entraîneur ou soignant d'une équipe de basket, le père a essentiellement des attirances coupables pour des jeunes gens. La mère, nièce d'un prof de littérature sadique qui méprise les femmes, se prend pour Agatha Christie tout en étant elle-même devenue enseignante. La fille, rodée au deuil et aux morts violentes, donne un coup de main au service mortuaire... Ce film fait penser à une vaste psychanalyse que nous livrerait l'auteur sous une forme scénarisée à la va vite. Deux sujets semblent préoccuper le scénariste : l'homosexualité cachée du père et la création littéraire, le film étant truffé de références et citations. Pénible et morbide, un film qui ne tire absolument aucun parti de son idée de départ qui aurait pu donner un excellent polar, par exemple.
"The Sniper" de Dante Lam / Hong Kong

Un jeune sniper arrive dans la police et découvre qu'il y avait autrefois un tireur d'élite encore meilleur que son chef Hartman, un certain Lincoln. Or, Lincoln vient de purger une peine de quatre ans de prison pour avoir tué accidentellement un otage. Dans l'enquête qui a suivi la tuerie, personne n'a pris la défense de Lincoln et surtout pas Hartman qui a juré n'avoir pas vu que le preneur d'otage avait dégoupillé une grenade. Sorti de prison, Lincoln a juré de se venger sur tout le monde, et le preneur d'otage, un truand sanginaire, et les collègues policiers qui l'ont laissé tomber. Que de beaux mecs dans ce film!!! L'entraînement des nouveaux snipers, musclés, bronzés, tatoués, en marcel kaki et pantalon de treillis, Ray-ban sur le nez, hypervirilité garantie, n'est pas désagréable à regarder... Quant à Lincoln, félin, brisé, enragé, superbe! Pas du niveau d'un Johnny To mais assez jouissif et distrayant, du rythme, des gunfights, le fantôme de la femme aimée, des histoires de vengeance et d'affrontements entre snipers, entre Hartman et Lincoln, les deux anciens coéquipiers ou entre Lincoln et son successeur qui l'admire comme un modèle mais va être obligé de tirer... Revigorant... (Il semble que le film sorte directement en DVD, à confirmer...)
"The Shaft" de Zhang Chi / Chine

Dans les montagnes de la Chine occidentale, on a le choix entre travailler à la mine ou le chômage. Trois histoires individuelles de trois membres d'une famille : la fille qui abandonne l'amour pour l'ambition en épousant un homme riche, le fils qui voudrait être chanteur et pas mineur, le père qui recherche son épouse disparue (je n'ai pas vu cette troisième partie). Un peu dans la mouvance "Still life" de Jia Zhang Ke, excusez du peu, ce premier film d'un niveau nettement au dessus du lot n'a pourtant pas encore la même maîtrise et on sent l'application à faire de belles images et à jouer de l'échelle des plans. Pas facile non plus, ardu, comme le nouveau cinéma chinois, un réalisateur à suivre de près, je regrette d'avoir raté une partie du film, je le reverrai plus tard car, avec cette qualité, il sortira sûrement en salles.
"A Frozen flower" de Yoo Ha / Corée du sud

Au XIII° siècle, la dynastie chinoise Yuan menace la dynastie Goryeo. Devant les menace politiques, le roi de Goryeo décide de former une garde rapprochée d'élite pour le défendre et tombe amoureux de son commandant Hong Lim qu'il installe dans ses appartements, délaissant son épouse. Mais, pour consolider sa position, le roi doit avoir un héritier. Incapable d'approcher une femme, le roi ordonne au commandant Hong Lim de coucher avec la reine afin qu'elle lui donne un fils. Malheureusement, Hong Lim et la reine s'enflamment l'un pour l'autre et cachent à peine leur passion. Le roi ne s'en remettra pas ni personne de son entourage non plus, le têtes tombent au sens premier du mot. Alternant passages tendance porno soft et combats de sabre, sexe et violence soap, ce film d'époque épique un peu cheap en rajoute au fur et à mesure du récit à en devenir lourd et démonstratif jusqu'à l'indigestion. Pourtant, on ne s'ennuie pas, on finit même pas s'attacher à ce commandant Hong Lim manipulé par les uns et les autres depuis l'enfance, objet de tous les désirs du roi et de la reine mais demeurant à leur service. Le combat final, où Hong Lim et le roi s'entretuent avec des lames plus phalliques qu'un phallus, le premier que le roi a fait castrer quand il l'a surpris avec la reine, le second privé/castré de l'amour de Hong Lim, est un sommet de mièvrerie sentimentale sanguinolante, il fallait oser...
sélection dimanche 15 mars : "All around us", dernier film en compétition à 11h au CID, reprise de "The Sniper" à 14h au Casino, "Departures" à 14h30 au CID (Oscar du meilleur film étranger) et "All about women", film de clôture après le Palmarès (cérémonie de clôture à 19h).
Mots-clés : AsiaDeauville 2009,
Members of the funeral,
Baek Seung-bin,
The Sniper,
Dante Lam,
The Shaft,
Zhang Chi,
A Frozen flower,
Yoo Ha
13 - 03
2009
Par une météo de printemps, stop à la terrasse du bar du Soleil sur les Planches et promenade sur la plage, j'ai effectué ma journée à rebours du sens général de la marche pour profiter de l'air iodé chauffé par ce soleil inattendu : tandis que le festival rendait hommage en fanfare à Lee Chang-dong ce soir au CID avec la projection de "Secret sunshine", magnifique film que j'avais déjà vu, j'en ai profité pour rattraper le film en compétition de ce matin "Breathless" au cinéma du Casino à 19h, un film coréen à bout de souffle, rageur, violent, moderne, émouvant, qui est sûrement celui que j'ai préféré de la journée. Ce qui ne semblait pas l'avis de certains spectateurs sortant de la salle en ronchonnant, visiblement choqués par la langage souvent argotique et la violence des échanges. Néanmoins, pour ceux qui auraient enterré le festival du film asiatique avec la crise, les festivaliers sont au rendez-vous..., les salles étaient toutes combles, que ce soit cet après-midi au CID pour le curieux film Tawaïnais "Inland etude" ou ce soir pour le cinéma du Casino. En revanche, la séance de nuit, ma préférée, démarrée très en retard après 23h, n'a pas convaincu tous les festivaliers d'aller se coucher plus tard, dommage, le film coréen "Beastie boys", inégal, comme on dit, n'était pas dépouvu d'intêret, la description d'une société urbaine d'hyperconsommation, insatiable de loisirs, de plaisirs, dont l'âme est remplacée par le compte cash... un miroir qui fait froid dans le dos. Cette attente nocturne dans le hall du CID m'a permis de faire la connaissance de ma consoeur blogueuse de "L aime le cinéma" que je ne connaissais que virtuellement bien qu'elle fasse partie, comme moi, du Club des 300 d'Allociné.
"Inland etude" de En Chen / Taïwan

Le pitch de ce film tient en quelques mots : un jeune homme malentendant fait le tour de Taïwan en vélo. Quand on voit ce cycliste au début du film, on se demande immédiatement : mais que va-t-il bien pouvoir faire pendant les 1h50 que durent le film? Il fera des rencontres... Un film cool comme un CD de relaxation où j'ai bien failli m'endormir et j'ai fini par sortir de la salle au bout d'une heure pour aller marcher sur la plage, tant qu'à voir l'océan sur l'écran, je suis passée à l'acte...
"Breathless" de Yang Ik-june / Corée du sud

sortie 14 avril 2010/sortie DVD 2 octobre 2010
Violent, ce film l'est dès la première image : un homme cogne un violeur et s'en prend ensuite à la femme qu'il vient de sauver qu'il insulte... Cogner, Sang-hoon ne fait que ça, son métier consiste à récupérer des créances chez des clients avec la manière forte, c'est le moins qu'on puisse dire, mais cela ne lui suffit pas, il cogne aussi sur ses collègues quand ils ne réagissent pas assez vite et sur un peu tout le monde, caractériel, brutal, primaire. Cette rage immmense qui déborde par tous les pores vient de l'enfance de Sang-hoon qui a vu son père tuer sa soeur et sa mère mourir sous ses yeux. Après avoir purgé une peine de 15 ans de prison, le père, de retour à la maison est frappé par son fils qui n'a pas pardonné. Deux personnes échappent à la vindicte de Sang-hoon : sa demi-soeur et son petit garçon. Un jour, Sang-hoon tombe sur une lycéenne qui lui tient tête, Yeon-hee, ça lui plait, sans le savoir, elle est un peu son double en fille, flanquée d'un passé/présent familial du même genre, un père infirme qui battait sa mère et nie sa mort depuis des années, un frère violent et cupide, les deux la maltraitant. Et puis, il y a le patron ami qui manage son équipe de 9 brutes qui vont récupérer les dettes, en équipe de deux, chez les clients qu'ils démolissent quand ils ne peuvent ou veulent pas payer. Un personnage assez craquant, le seul à communiquer avec Sang-hoon, hallucinant personnage, acteur pas moins bluffant (le réalisateur) qu'on aime immédiatement malgré sa violence tant elle est connectée directement à sa souffrance. Hormis un petit bémol pour la fin du film, d'une part, un peu forcée, d'autre part, expédiée rapidement avec un message de résilience trop furtif pour qu'on y croit (renforcé maladroitement par un inutile flash-back), le film est un vrai coup de coeur. La morale amorale du film où le pardon des offenses condamme le héros qui passe le flambeau du justicier à celui qui a eu la même enfance traumatique que lui, laisse un goût amer... Quelques passages de bonheur volé, possible, filmés au ralenti, le son quasiment coupé, dont le réalisateur n'abuse pas, trouvent harmonieusement leur place dans le film. Pour le reste, la rage, la violence, la vitesse, le mouvement, la frénésie parfois, le film est d'une incroyable vitalité, même morbide... Ce film a toutes les chances d'être distribué en salles, peut-être même de devenir culte, il en a les atouts.
"Beastie boys" de Yoon Jong-bin / Corée du sud

Le schéma mémère friquée et gigolo est dépassé, à Séoul, les jeunes femmes d'affaire, jolies et riches, s'offrent des escort boys comme on commande des suhsis... Dans ce film un peu brouillon avec un défaut de rythme ayant tendance à s'enliser, on suit la vie privée ou ce qu'il en reste de deux escort boys, Seung-woo, le séducteur agressif, et Jae-hyun, le vétéran, travaillant dans un bar privé où ils sont dits hôtes d'accueil portant des surnoms comme Beau-gosse ou Orlando Bloom. Pourtant ce que décrit le film est assez terrifiant : une société d'hyperconsommation de tout, les escorts boys étant une marchandise comme une autre. Une société exclusivement de loisirs, insatiable de distractions, de plaisirs, de toujours plus d'argent pour les payer, où le dernier plan du film montre une rue bondée la nuit assortie de ce commentaire "c'est mort ici..." Avec une hiérarchie, un mac, un sous-mac pour les surveiller, les colonnies d'escort boys passent leur temps à perdre au jeu l'argent qu'ils gagnent la nuit avec les femmes. Jay-hyun vit avec une femme dure, la soeur de Seung-woo, qui l'entretient tout en ayant une liaison avec une autre femme depuis deux ans qui attend qu'il quitte la première. Harcelé de toutes parts, le mac à qui il doit de l'argent, ses deux femmes qui demandent des comptes, Jay-hyun n'a jamais un moment de répit et s'enferre dans le mensonge, n'ayant finalement un peu la paix qu'avec ses clientes... Son copain Seung-woo, qu'il a recruté comme escort-boy dans son cheptel pour le dépanner financièrement, plus brusque, moins rodé aux hypocrisies mondaines, joue les durs jusqu'au jour où il se fait piéger par une call-girl de seconde zone qui se fait passer pour une hôtesse de bar VIP. Dans ce milieu où tout le monde exploite tout le monde, où le seul sens de la vie est d'amasser de l'argent pour le dépenser aussitôt, les relations amoureuses n'ont pas de place, viciées par l'argent, les dettes, les cadeaux, les projets foireux de bonnes affaires, etc... Culte du corps, les escort boys s'entraînent dans de gigantesques clubs de gym, du look, les séances chez le coiffeur, l'anticernes... tout a vocation de rendre le corps désirable, consommable, rentable. Un miroir grossissant sur l'existence exclusivement consumériste de certaines classes sociales des métropoles du monde entier, flippant...
Sélection samedi 14 mars : "Claustrophobia" à 10h30 au CID et 19h30 au Casino, Master Class de Lee Chang-dong à 12h15 au Casino, "Members of funeral" à 15h au CID, "My Dear ennemy" (hommage à Lee Yoon-ki) à 17h au CID, "The Sniper" (Action) à 17h30 au Casino, "The Chaser" (Action) à 21h30 au Casino.
Mots-clés : AsiaDeauville 2009,
Inland etude,
En Chen,
Breathless,
Yang Ik-june,
Beastie boys,
Yoon Jong-bin,
Secret sunshine,
Lee Chang-dong
12 - 03
2009
Photocall vers 13h dans la cour de l'hôtel Normandy avec les deux jurys au complet, le jury compétition et le jury Action Asia. temps maussade, on est à deux doigts d'ouvrir les parapluies mais ça passe. Ludivine Sagnier est en famille avec sa petite fille d'une première union avec Nicolas Duvauchelle et un nouveau bébé de son compagnon Kim Chapiron qui l'accompagne. Les jeunes actrices du jury Action Asia, Astrid Berges-Frisbey et Anaïs Demoustier ont l'air terrifiées. Les présidents de jury Eric-Emmanuel Schmidt et Xavier Gens sont souriants. Marie Gillain et Vincent Elbaz, autrefois couple à la ville, posent chacun à une extrémité du banc.
Eric-Emmanuel Schmidt
Bruno Dumont, Véronique Cayla, Didier Long
Vincent Elbaz, Ludivine Sagnier, Eric-Emmanuel Schmidt, Marie Gillain
Xavier Gens
Adrien Jolivet, Xavier Gens, Fred Cayavé, M. Amélie Seigner, Astrid Berges-Frisbey, Anaïs Demoustier
"24 City" de Jia Zhang Ke / Chine

sortie 18 mars 2009
Enfin, j'ai vu "24 City" en compétition à Cannes l'année dernière, le film n'est pas facile d'accès, un documentaire d'environ 2 heures sur la fermeture à Chengdu en Chine de la gigantesque usine modèle 420 remplacée aujourd'hui par un complexe d'appartements de luxe, "24 City". Un drame, brisant des existences et des familles, qui illustre l'évolution de la Chine passée du communisme, avec son usine idéale et des ouvriers en uniforme bleu (chenille bleue sortant de l'usine, toit de têtes bleues), au culte de la réussite où l'idéologie socialiste a été remplacée par le rêve de pouvoir s'offrir un appartement hors de prix dans la résidence 5 Etoiles. Les témoignages de plusieurs générations, surtout ceux nostalgiques des anciens de l'usine, d'une grande sobriété, d'une vérité se focalisant sur des détails pour ne pas s'effondrer, sont souvent poignants et les images de l'usine sublimes, c'est du très haut de gamme. Pourtant, malgré la qualité exceptionnelle du film, les spectateurs n'ont cessé de sortir de la salle tou au long de la projection...
"Naked of defenses" de Ichii Masahide / Japon

A 20h, le film japonais "Naked of defenses" en compétition se passait également dans une usine de petite taille, celle-ci, mais rien à voir avec le précédent film à aucun point de vie. Une idée sympathique diluée sur une heure et demi, des multitudes de plans de remplissage, un face à face entre deux femmes assez théâtral, une des deux comédiennes trop cabotine, l'autre excellente, mais en fait de scénario, on joue uniquement sur l'émotion, la vie, la mort, la naissance, la renaissance : une jeune femme enceinte fraîchement engagée dans une usine fait prendre conscience à une femme mariée du même âge, qui a fait une fausse couche dans un accident traumatisant, qu'elle a désormais avec son mari une vie sinistre, chacun occupant un étage de la maison. Les deux femmes, l'une fonctionnant comme une machine dans son usine, l'autre femme enfant joyeuse, vont surmonter leurs antagonismes et devenir amies. Le film est présenté par le réalisateur, son épouse et leur fils qui figure au générique très jeune... puisqu'à l'état de foetus dans la ventre de sa mère lors du tournage du film.
"Jay" de Francis Xavier Pasion / Philippines

photo Ignatius Films Canada
A 22h, le film philippin "Jay" que je croyais à 22h30, heureusement, j'arrive à temps, c'est drôle parce que l'année dernière, c'est le jeudi à la même heure que j'ai découvert un autre réalisateur philippin fameux : Brillante Mendoza dans "Tirador", petite merveille pas encore sortie en salles en France. Bien que la forme soit un peu déroutante, un petit format d'écran, tourné avec de petits moyens en numérique basique, le film est intéressant à bien des titres car il aborde des thèmes majeurs de notre société sans la ramener. D'abord, Jay, le fils ainé de la famille Mercado, brillant instituteur, a été poignardé dans son appartement de Manille où il recevait souvent des hommes, on soupçonne un masseur à cause des flacons d'huile de massage... Premier thème, on pose la question clairement : Jay Mercado a-t-il été tué parce qu'il était gay? Est-ce que son entourage était au courant et acceptait-il son homosexualité? Second thème pas moins riche : le viol de l'intimité par la téléréalité. Le film démarre comme un feuilleton, on raconte l'assassinat et l'enfance de Jay comme un épisode de novela où on fait une enquête avec la suite au prochain épisode... On comprend plus tard que le début du film est en effet une sorte de novela documentaire romancée, basée sur des faits divers sordides, fruit du travail d'une équipe de téléréalité, Canal 8, qui a convaincu la famille de Jay Mercado de surjouer son chagrin et d'accepter la scénarisation de leur deuil avec pour carotte de passer à la télé. Le réalisateur de l'émission se prénommant également Jay, cela n'est en rien innocent en permettant ainsi au film de prendre encore une autre dimension, celle de la subtilisation identitaire involontaire.. Passer à la télé justifie tout, non seulement l'équipe de tournage s'installe chez les Mercado avant même qu'ils n'apprennent la nouvelle de l'assassinat de leur fils et frère, s'incruste à la cérémonie funèbre veillant le cerceuil blanc, va débusquer l'ancien compagnon de Jay et fouiller dans ses placards mais, encore, petit à petit, la mère s'attache à Jay Santiago, le réalisateur, ostensiblement efféminé, blond dirty, snob, qui lui fait penser à son fils sous une forme outrée (les images de Jay Mercato, le fils, montrent un homme brun beaucoup plus simple). Cette translation de Jay le fils assassiné sur Jay le réalisateur va conduire à une fin à la fois horrible et ludique démontrant bien que le second a volé la vie du premier à ses risques et périls. Intelligent, féroce et subtil, une découverte.
Adrien Jolivet, Astrid Berges-Frisbey
Marie Gillain, Ludivine Sagnier, Eric-Emmanuel Schmidt
sélection vendredi 13 mars : "Breathless" à 10h30 au CID (ou 19h au Casino), "The Moss" à 11h et 23h30 au Casino (Action) "The Chaser" à 16h30 au Casino (Action), "Secret Sunshine" et l'hommage à Lee Chang-dong à 20h au CID, "Beastie Boys" à 22h30 au CID.
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24 City,
Jia Zhang Ke,
Naked of defenses,
Ichii Masahide,
Jay,
Francis Xavier Pasion
11 - 03
2009
Même à Deauville, l'ambiance est à la crise, la cérémonie d'ouverture ne dure pas dix minutes, le président du festival et le maire de Deauville se succèdent au micro, solitaires, peu loquaces, modestes. La maire de la ville remercie les partenaires nouveaux qui ont eu le mérite de s'associer au festival en temps de crise... Signes des restrictions : les films du festival sont projetés au cinéma du Casino et au CID mais aucun film ne sera repris au cinéma Le Morny. Quant au village Asia si sympa à l'entresol du CID, avec les boutiques du monde asiatique et son comptoir dégustation, il semble avoir disparu cette année d'après les infos du CID, adieu sushis, soieries, mangas... (à vérifier cependant...)
On nomme les membres du jury compétition présidé par Eric-Emmanuel Schmidt mais ils ne viennent pas sur la scène, ils se lèvent depuis leur place au centre de la salle immense, les têtes se tournent, ils saluent rapidement, se rassoient aussitôt. On annonce que le second jury de la compétition Action Asia sera là plus tard dans la semaine. J'aperçois le président du jury, Didier Long et Marie Gillain souriante (photo prise à la hâte de très loin). La soirée s'anime un peu quand arrive la charmante réalisatrice du film d'ouverture, Nandita Das, en sari de soie rose. "Firaaq" est en compétition, ce qui n'est pas l'usage pour un film d'ouverture, bien qu'à Cannes, l'année dernière, au dernier moment, on ait programmé un film en compétition en ouverture ("Blindness" de Meirelles). Etrange choix alors qu'il y a au programme du Panorama du lourd : des films comme "24 City" de Jia Zhang Ke (demain jeudi à 17h au CID) ou "Departures" (dimanche à 14h30 au CID) qui vient d'obtenir l'Oscar du meilleur film étranger. Pourtant, le public, même si la salle n'est pas bondée, est tout de même au rendez-vous, fidèle.
"Firaaq", photo Percept Picture Company
Comme l'a dit la réalisatrice, "Firaaq" est une fiction basée sur des faits réels. Plusieurs histoires individuelles s'entremêlent racontant le voyage émotionnel de citoyens ordinaires témoins ou victimes du massacre de Gujarat en Inde en 2002 où s'affrontèrent Hindous et Musulmans. Le récit sur 24 heures se passe un mois après le massacre où 3000 musulmans furent tués, des centaines de milliers de gens se retrouvèrent sans toit et bon nombre de femmes furent violées.
Les personnages du film vont souvent par paire comme les deux hommes creusant un charnier pour enterrer les cadavres au début du film, le vieux maître de musique coupé de la réalité et son serviteur, les deux voisines amies dont celle qui a trouvé sa maison brûlée soupçonne l'autre de l'avoir trahie, ou le couple moderne se parlant anglais : ce couple-là justement représente un exemple rare de mariage mixte entre un musulman et une hindouiste, le mari se cachant derrière le nom hindou de sa femme tout en étant furieux de sa lâcheté. On passe d'un groupe de personnages à l'autre, le film étant un patchwork de destins individuels pris comme échantillons représentatifs de la population, on aurait pu démarrer avant ou poursuivre ensuite, il n'y a pas vraiment de début ni de fin dans ce film. Pas plus de parti pris de mise en scène non plus, on filme comme ça vient avec quelques idées de temps en temps, quelques beaux plans ici ou là.
Un film artisanal, sympathique, empli de rage de montrer, de témoigner sans grands moyens, ni matériels ni artistiques, un premier film qu'on aurait bien vu programmé dans l'après-midi entre deux autres films en compétition. La réalisatrice Nandita Das est avant tout une actrice célèbre en Inde dont c'est le premier essai de réalisation. Un film à l'image de cette ouverture : sombre, sensible et modeste. Pour être tout à fait juste, j'ai entendu néanmoins certaines réactions positives de spectateurs ayant aimé le film. Demain est un autre jour et le programme de jeudi est très chargé...
Nandita Das, réalisatrice de "Firaaq"
Didier Long et Marie Gillain (2 des membres du jury)

Nandita Das lors du photocall le lendemain
Sélection jeudi 12 mars : "Peppermint candy" (fait partie de l'hommage à Lee Chang-dong) à 15h au Casino, "24 City" de Jia Zhang Ke à 17h au CID, le film thaïlandais "Fireball" à 18h au Casino (Action), "Naked of defenses" (compétition) à 20h au CID et un film philippin "Jay" à 22h30 au CID.
Mots-clés : AsiaDeauville 2009,
Firaaq,
Nandita Das